Mister B -programme du Théâtre de la ville mars 2011
Je l’appelle Billy depuis notre première rencontre en 1987. Son répertoire m’apporte une ivresse du regard. Diversités, fantaisies, mises à mal des langages, orfèvre, il donne à voir une brillance, un style unique et une forme de démesure. Des espaces de lumières et de sons où fondent chaque vertèbre du corps des danseurs, complices, véloces, joyeux, tendus, inouïs, toujours à la limite du possible. Un fracas aux à priori, avancées sidérantes des possibles, des combinaisons et des relations jamais vues s’emboîtent sans se reproduire. Les structures de ses œuvres, à la fois architecture et artisanat sont une implacable union des sens pour le spectateur. Il faut le suivre dans ces propositions qui prennent toujours des avances d’audaces. Il modèle nos perceptions, les dirigent en précurseur. Mais son travail d’écriture n’est pas qu’éblouissements, il porte aussi de grandes zones d’ombres sombres, des temps en suspend, des actes entiers ou la tension se pose mystérieusement. De l’espace traité avec un soin métronomique aux sons qui découpent et déroulent un temps énergétique puissant et sensible, l’œuvre révèle des constructions en devenir, un labyrinthe à fleur de peaux, un admirable vertige du spectateur !
Pina texte pour la sacd Juillet 2010
Le public nombreux depuis les années 80 venait secouer sa pensée devant tant de propositions décalées, drôles, ciniques sur la représentation humaine, fasciné par ces femmes volubiles aux talons qui claquent, ces portées vertigineux, ces élans superbes, ces spirales lâchées sur des airs anciens, l’eau, les fleurs, ces hommes doux ou violents. Tant d’images, de poétiques, qui ont remis le corps dansant et théâtral dans une fascinante saga que nous avons suivi et aimé comme beaucoup, du théâtre de la Ville au Festival d’Avignon…
De ce noir salle si soudain, celui d’une disparition brutale, s’éclaire maintenant un répertoire unique de la compagnie dans l’histoire de la danse. Elle y tenait déjà une place unique et considérable, reconnue dans le monde entier.
Notre mémoire est pleine de ces souvenirs précis qui convoquent la grâce. Nous pensons aujourd’hui à tous ses collaborateurs, à tous les danseurs qui ont travaillé avec elle.
Nous lui disons simplement merci, nous rappelant la discrétion de cette femme prenant par la taille ses interprètes aux saluts, dans une dernière spirale, avançant vers le public, malheureusement sans rappel.
Odile Duboc Avril 2010
une brume éclairée latéralement
indirectement sur un plateau
théâtre ?
une silhouette entre
contre jour
ses bras se soulèvent
imperceptiblement
puis un pas
retenu
se développerai
dans des vitesses étranges et inconnues
du réel
une grammaire
organise notre regard
phrasé pudique
dont la mèche de cheveux cacherai le front
suspend suivi par la lumière
espace qui se développerait
dimensions connues
mais mystérieux
opérations qui passent par la matière de la danse
d’Odile Duboc.
vols d’oiseaux
aux distances impeccables
figures arrêtées d’un quotidien que l’on ne perçoit plus
idée du temps
singulier
puissance et ancrage
force
relâchement
ailleurs indicible.
opérations qui passent par la matière de la danse
d’Odile Duboc.
celle qui nous a permis de voir
par sa démarche personnelle,
terriblement humaine
respectueuse des autres
du langage des autres
de la joie du mouvement
du plaisir du danser ensemble
sa bienveillance
qui a depuis le début des années 80 si intimement lié l’acte de création de pédagogie
a disparu emportée par l’autre monde inconnu de nous tous
sa lumière mettra du temps à disparaître
silence
Une profonde et affectueuse pensée pour Françoise Michel qui a tout au long de la carrière d’Odile Duboc accompagné le travail de la danse par une écriture de la lumière et pour l’incroyable multiple génération d’interprètes qui ont travaillé avec elle et tous les ‘amateurs’ qui ont pratiqué le mouvement grâce et avec elle.
