Chiquenaudes. 1982 – 2009

Mes années 80…
Je suis arrivé à Paris à la fin de l’année 1979. J’ai travaillé avec le ‘Four solaire’ d’Anne Marie Reynaud, Odile Azagury pendant deux ans, puis j’ai dansé ‘Grand écart’ de Régine Chopinot où je rencontre Michelle Prélonge, Pascale Henrot, Philippe Decouflé… La Ménagerie de Verre n’est pas encore ouverte. Hidéyuki Yano donne des cours Quai de l’Ourcq. Pascale Houbin danse un solo de retour de NYC dans le studio d’Odile Duboc à Colonel Fabien.
Depuis mon arrivée à Paris, je vais comme spectateur assister au concours de Bagnolet. Présentation de pièces chorégraphiques de moins de 10 minutes avec un minimum de 3 personnes sur scène. C’est assez drôle à voir. Un jury, un gymnase, un public attentif à de nouvelles expériences. Des courtes pièces sont présentées sans sélection. La danse contemporaine française prend forme.
Je tente l’expérience. Je vais pendant quelques mois répéter avec Pascale Houbin et Michelle Prélonge dans plusieurs lieux extérieurs dans Paris ; sur le chantier des Halles, dans la Galerie Véro-Dodat, puis dans les Jardins du Palais Royal. Je ne sais même pas à l’époque que le Ministère de la culture est là. L’espace est clair, les colonnes où s’abriter en cas de pluie, un café derrière pour les pauses, un parking à la place des futures colonnes de Buren. Un beau et spacieux studio, pur marbre, en plein air et gratuit libre et sans réservation.
Chiquenaudes
La pièce sera un peu moins longue que le maximum, huit petites minutes, les danseurs habillés plutôt chaudement, pull rouge et vert, pantalon de smoking noir, baskets rouge, pas de musique. Nous sommes trois avec Pascale Houbin et Michelle Prélonge.
C’est une composition de gestes pris dans les images de 1982. Les mouvements sont piqués au hasard, observation de personnes dans la rue, affiches, cinéma…Les séries de mouvements sont ensuite décomposées, déclinées pour la matière chorégraphique. Une phrase A, version sautée, que les bras, tout au sol, main droite main gauche….Le jeu car il s’agit bien d’un jeu est de composer une abstraction joyeuse, ne pas raconter d’histoire, pas de sentiments directs, pas l’expression d’un désir, un flux poétique à la frontière de la perception narrative. Cette année de 1982, c’est Josette Baïz qui remporte le premier prix du concours. Chiquenaudes est ma première pièce et marque le début de mon travail de chorégraphe et la naissance de la compagnie Astrakan.
Texte d’origine 1982
« C’est le geste du messager qui donne la valeur au message » Maurice Magre
‘Chiquenaudes est une suite baroque de mouvements construite pour être vue de tous cotés y compris par le dessus et le dessous. Les mouvements sont quotidiens et restitués soit partiellement, soit combinés entre eux pour ne laisser apparaître que la musicalité de l’écriture.
Cette pièce est dansée en tennis pour rappeler que tout le travail d’écriture et de réalisation s’est fait dehors, au cours de l’hiver (Décembre 81- Avril 82) d’où l’utilisation des pull-over et des pantalons.
L’utilisation de la couleur rouge et verte produit pour le spectateur un effet d’optique, les couleurs paraissent ne plus avoir de contours fixes et donne une impression de flottement.
‘Chiquenaudes’; définition : Coup donné avec un doigt que l’on plie contre le pouce et que l’on détend brusquement, petite impulsion.
Chorégraphie Daniel Larrieu
Dansé par Michelle Prélonge, Pascale Houbin, Daniel Larrieu
Musique Silence
Costumes Margaret Stretchout
Créée pour le concours de Bagnolet ‘le ballet pour demain’ le 17 et 18 Avril 1982
Production Astrakan, Jean Pascal Levy Trumet, Hocine Djermoun.
Durée 8 minutes
Cette pièce a ensuite tourné dans un programme sous le titre ‘Trois pièces, cuisine’ avec ‘Volte face’, et ‘Un sucre ou deux’
C’est Pascale Henrot qui remplacera ensuite dans les tournées de 1983 Michelle Prélonge.
Presse 1982
Daniel Larrieu donne dans le style Gaston Lagaffe et n’y voyez rien de péjoratif. Sa chorégraphie spectaculaire sait en quelque sorte faire la conversation dans un bavardage tendre qui n’annule pas la parole. Inventif quant aux mots de sa phrase, Daniel Larrieu sait fort bien agencer ses phrases, travaillant sur les extrémités de la scène, sur les différents cadrages et angles de vision d’un mouvement.
Les saisons de la danse/ Marie Christine Vernay.
Daniel Larrieu a conçu pour la compagnie Astrakan des gestes insolites, désinvoltes, style BD ; exécutés avec ensemble et vivacité qui restent imprimés dans les mémoires.
Le Monde / Marcelle Michel
Daniel Larrieu a eu le deuxième prix pour ‘Chiquenaudes’ ; messages et codes en noir, vert et rouge, et bleu pour les cheveux du chorégraphe, qui développe une danse très habile fondée sur la répétition du signe et du geste. Grande aissance dans le maniement de l’espace, humour bref et léger.
Le monde de la musique/ Dominique Frétard
Les différentes versions de ‘Chiquenaudes’
-originale 1982 créée les 17 et 18 Avril 1982
- Version CODA. Pour les 10 ans de la compagnie, Chiquenaudes a été reprise dans sa – version originale, en silence. Théâtre Municipal, Festival d’Avignon 1992.
- Version CCN Tours
En 2000 une nouvelle version de ‘chiquenaudes’ est dansée dans le programme ‘Plus qu’hier et petits bateaux’ où sont repris des extraits du répertoire.
La version 2000 comporte des variations, de la musique, des costumes en couleurs, pour 6 danseurs. Avec dans les différentes tournées :Jérôme Andrieu, Olivier Clargé, Christine Bombal, Agnès Coutard, Gabriela Montes, Daniel Larrieu, Christophe Ives, Anne Laurent.
Pour le projet Nouvelle vague,
Nous avons remonté ‘Chiquenaudes’ avec Jérôme Andrieu au plus près de la version originale. Je n’ai pas d’archives vidéo des années 80. La danse a été transmise directement, mais les corps ont changés, celui des danseurs en général. On a parlé beaucoup de bande dessinées à l’époque, car les gestes sortent de la référence d’une expression narrative, sans être non plus abstraits. Les petits gestes de ‘Chiquenaudes’ surprenaient là où ils étaient placés avec une alternance de difficultés techniques dans un phrasé fluide et une écoute entre les interprètes. S’ajoutait à l’écriture, une utilisation de l’espace décalée. Le choix des danseurs s’est fait d’une part sur leurs compétences techniques, mais aussi sur leur capacité à faire apparaître une lecture ludique et poétique du mouvement dansé.
Dansé par Francesca Ziviani, Léa Lansade et Olivier Bioret
