presque polaroïd

Les images de Daniel  Larrieu sont vides, presque, elles témoignent d’un instantané de lumière, d’un cadre libre, d’un patient regard sur des paysages traversés sans sujet apparent.  Ce travail de création constitue un regard singulier sur le monde qui s’expose en silence. Absence de personnages, limites de la narration.Exposition à la maison Gueffier, Le Grand R, à La Roche sur Yon du 11 Mars au 2 Avril 2011.

 

Rêverie de la limite

Façades juxtaposées ou blocs d’immeubles dressés comme de véritables mausolées anonymes. Plages désertées de leurs promeneurs, baignées d’une lumière silencieuse. Le littoral dont la fine ligne trouble se réduit en sa plus infime vibration bleutée et s’étend inexorable, au loin, illimité. Vestiges contemporains venus d’un décor expressionniste, la succession de chaque des tableaux glacés sur la fine surface de papier laisse libre court à la contemplation. De leur fragilité s’annonce leur disparition, similaire à celle du château de sable de notre enfance, dont la lente dispersion éparpille chacun de ses grains sur la grève au gré du vent inlassablement.
L’œil attentif se laisse surprendre, soudain envahi par l’impression d’un déjà vécu étrangement familier. Cette impression est elle-même emphatisée par la facture étrangement anachronique de chaque épreuve qui se succède et nous nimbe, à rebours, de cette douce atmosphère mélancolique des autochromes d’antan, frétillant dans notre mémoire, comme les mouvements d’une carpe japonaise ondulant entre les pousses de nénuphar en dormance.
Photographiques, ces différents espaces rendent compte d’une interprétation singulière du paysage, réinventé comme le simulacre parfait d’une matrice dont la facture obtenue et l’apparence, donnée pour vraie, transcendent le réel originaire ainsi mis en abîme, indissociable. Un paysage avec figures où l’objet tout comme la trace, se substituent dans l’espace photographique aux corps qui en ont fait l’usage, n’est-ce pas d’autant plus insister sur le subterfuge faisant d’elle le reflet immuable du monde et du temps, scintillant sur la vitre d’une fenêtre ouverte sur le paysage, telle une storia de la Renaissance?
Goutte d’eau d’une netteté parfaite, déposée sur le verre de l’objectif ou simple horloge, allégorie revisitée d’un memento mori, dressée du haut de son mat pour mieux se jouer de la fuite du temps, nous songeons dès lors à ce désir de maintenir présent ce qui est absent, puisant du fond de l’image toute sa force imagétique, au coeurs de ces lieux balisés de tous ces petits riens qui apparaissent, se figent, puis disparaissent aussitôt. Espaces d’un temps suspendu, hors temps, dont l’effet de réel achève par nous conduire hors de nous-mêmes. Tel est l’étrange voyage auquel nous convie Daan Larjew. Bien plus qu’un simple acte photographique, les œuvres présentées esquissent un parcours évoquant, en ce sens, ce que les peintres antiques nommèrent en leur temps une rêverie de la limite.
Samuel de Jésus, Mars 2011.

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