épisode 2 conférence La danse, j’aimerai bien mais…

La danse, j’aimerai bien mais…

Crée en Février 2008 au théâtre de la cité internationale dans le cadre de Hors saison, le rendez vous d’Arcadi.
Durée- 55 minutes

La danse j’aimerai bien mais…Une fausse conférence sur le paysage chorégraphique

Production astrakan/ commande et coproduction  Arcadi

Texte mise en scène jeu Daniel Larrieu

Assisté de jean Baptiste Veyret-Logerias

Avec et à l’image, Valérie Castan, Agnès Coutard, Anne Laurent

et des extraits de

Vidéo; Les yeux, extraits des dimanches des curiosités/ manège de Reims, Romance en stuc / festival d’Avignon 1985, cloitre des Célestins/

Musique, Keep on dancing -Sly and the familly stone/ Bach -suite pour violoncelle  BWV 1007 / David Bowie Let’s dance.

Costumes Roger Flea

Lumières Lou Dark

Création et régie sonore, Felix Perdreau

Régie Générale, Christophe Poux

Remerciements, Stéphanie Aubin, Jérôme Andrieu, Madeleine et Christine Jouve, specteurs anomymes, Objet de production, Peter Bertoux, Dominique Brunet, Franck Jamin, Franck Boulanger, Jean Philippe Rossignol, Valérie Anne Expert, Michel Aben-Moha Bentata et Jean Marc Martinez.

Extraits

« Eveiller votre curiosité n’est pas une affaire simple. Il ne suffit pas de vous dire d’aller voir un spectacle de danse pour que vous y alliez, comme dans un bon coin à champignons après la pluie ou aux trois jours « soldissime » des galeries Lafayette. Vous pouvez choisir entre mille brillances culturelles dont vous n’êtes à aucun moment assuré de jouir, vous, qui aimez faire à votre idée, surfez sur Internet, regarder la télévision,  lire Télérama et vous forger bon gré mal gré, une opinion.
Comment se faire une idée sur la chorégraphie? Pourquoi aller là où on ne va jamais alors que l’on a du mal à faire déjà ce que l’on aimerait faire. J’ai rencontré des personnes qui ne connaissent pas la danse et qui me demandent conseils, quand je leur dis que j’exerce le métier de chorégraphe.
Mais par quel bout commencer ?, comment aider à faire un choix ?. Comment motiver et encourager le désir d’aller voir de la danse ?
Comment vous aider à la découverte?, Que faire de cette réponse, si souvent entendue ;
« La danse, je suis sûr que j’aimerais bien…mais !
Toute la résistance des habitudes concentrées dans ce « mais » »

Texte complet

Bonsoir, bienvenue au théâtre de la cité internationale, je voudrais  ce soir vous inviter à un parcours. Normalement vous êtes ici car vous ne connaissez pas la danse. Dans le cadre de nos rencontres interdisciplinaires, mon regard se portera ce soir sur la nature du paysage chorégraphique ; ses enjeux ses modes de production et sa relation avec le public. Cette promenade ne sera pas une description, elle passera par un «éclairage », donner « des clés ». Ce travail du spectateur de danse, demande de la patience, d’aimer perdre du temps, propose un éloignement des champs du connus, appelle à prendre le temps de voir, et avant tout de se mettre dans une situation d’expérience.

1/Pour une définition imparfaite.

Eveiller votre curiosité n’est pas une affaire simple. Il ne suffit pas de vous dire d’aller voir un spectacle de danse pour que vous y alliez, comme dans un bon coin à champignons après la pluie ou aux trois jours « soldissime » des galeries Lafayette. Vous pouvez choisir entre mille brillances culturelles dont vous n’êtes à aucun moment assuré de jouir, vous, qui aimez faire à votre idée, surfez sur Internet, regarder la télévision,  lire Télérama et vous forger bon gré mal gré, une opinion.

Comment se faire une idée sur la chorégraphie? Pourquoi aller là où on ne va jamais alors que l’on a du mal à faire déjà ce que l’on aimerait faire. J’ai rencontré des personnes qui ne connaissent pas la danse et qui me demandent conseils, quand je leur dis que j’exerce le métier de chorégraphe. Mais par quel bout commencer ?, comment aider à faire un choix ?. Comment motiver et encourager le désir d’aller voir de la danse ? Comment vous aider à la découverte?, Que faire de cette réponse, si souvent entendue ;

« La danse, je suis sûr que j’aimerais bien…mais !

Toute la résistance des habitudes concentrées dans ce « mais »

Un chauffeur de taxi d’une ville avec un beau festival me dit,

« Cà m’a l’air bien, mais vous savez, je travaille et le soir je n’ai pas très envie de sortir, j’ai des enfants. Et puis c’est une histoire culturelle, il faut être initié à ce travail. Sans préparation on n’apprécie pas vraiment».

2/ La pratique amateur

Classique, moderne, folklorique, africaine, de salon, de court, sportive, hip hop, urbaines, royales, populaires, les danses, ethniques, orientales, indienne,  jazz, Afro-cubaine, contemporaine. De la danse de salon aux danses en ligne, des danses à l’unisson au plus déjanté des pogos punk, la pratique amateur de la danse est à l’image du corps de celle ou celui qui la vie, ordre et désordre, obéissance ou rejets, séductrice ou répulsive, ancrée dans l’humanité, dans chaque civilisation.

S’il est possible que la pratique amateur donne une meilleure compréhension du geste , pour en sentir l’élaboration, la construction, la finesse, la difficulté technique, le mouvement fascine, comment se constitue t il, comment on le retient, comment on le fabrique, comment il s’élabore. Il peut être une source d’expression, d’émotions de sensations plus ou moins partagée. Il paraît que certains profitent même dans leurs rêves pour danser sans relâche, tourner, voler par delà les reliefs et les villes. Être libre de ses mouvements et  profiter un peu de ce corps, tant demandé par la société du travail. La danse est un espace de liberté, une soupape, une joie une pratique, un besoin.

Je profite pur vous rappeler que certains d’entre vous rêve qu’ils volent sur le ventre, d’autres verticalement, d’autres encore en boule. Ainsi vos solutions chorégraphiques dans les rêves sont très nombreuses et variées.

La pratique amateur avec une équipe de création éclaire la construction d’une œuvre et de ses enjeux. Par le corps, le spectateur se saisit concrètement d’une démarche proposée. La pratique offre une compréhension, une manière de voir qui change, donne d’autres entrées au spectacle. L’amateur n ‘est pas pour autant un spectateur.

Lorsque la pratique amateur reconnaît dans ce quelle voit, ce qu’elle travaille, et seulement cela, elle peut quelquefois exclure. Faire, et vouloir voir seulement ce que l’on pratique ferme le regard, et renvoie à la figure Narcissique. Le retour inexorable de cette vieille figure guettant dans le miroir de l’eau le moindre changement, met celle ou celui qui pratique, dans l’incapacité de rencontrer du neuf. Le corps est là, son image l’accompagne.

3/ Le spectacle, un métier

Dans le spectacle, les rôles sont distribués, les uns regardent, on les appelle les spectateurs, les autres font, les interprètes ; on évitera, danseuses, danseurs, terme qui continue d’être accompagné d’un léger rictus de la part d’un interlocuteur qui s’interroge sur votre capacité a être plus « souple » que d’autres ou, pour être poli, à vivre plus légèrement.  Pour beaucoup, ce métier n’est pas une manière de vivre ou disons de gagner sa vie, pas un vrai métier.

Interroger voir, nos parents, ils nous avaient bien prévenu! Pour la plupart, exercer notre métier comporte de véritables dangers. Ils n’ont pas tort. Mais les risques ne sont pas là où on les attend…mais c’est une toute autre histoire.

Patience, rigueur, volonté, endurance, la danse demande une discipline forte, certains y  voit  maîtrise & domination… J’oublie l’essentiel de sa définition courante ;  grâce,  souplesse & agilité. La danse entretient le corps, le corps entretient la danse, mais que dit le dictionnaire ?

4/ Une définition

Le mot danse se trouve entre la préposition dans et l’adjectif dantesque (qui évoque l’enfer) 314

Suite de mouvements rythmés du corps, exécutés au son d’une musique, technique qui règle ses mouvements. Pas, figures de danse, anciennes, folkloriques, danse classique ( ::::ah la voilà !!!)

Chorégraphie. Chaussons de danse, permettant de faire des pointes. Danses modernes. Bal sauterie, surprise party. Piste, orchestre de danse. Musique sur laquelle on danse. Mener la danse ; diriger une action collective.

Le terme de danse contemporaine n’existe pas dans le Petit Robert. Ça commence bien. La définition donne l’avantage aux idées préconçues et qui demeurent bien vivaces et donnent du sens à ce que l’on savait : la danse est une  SMRC suite de mouvements rythmés du corps.  SMRC !!!

Allons voir du côté de l’étymo-logique (  de Jaqueline Picoche) Danse est entre les mots Dandy et Dard. Langage populaire ; XIIe s, adopté par l’italien, l’espagnol, l’allemand, l’anglais, à éliminé « Baller » qui a donné BAL. Danseur ; 15eme.Contre danse 17ème

Dancing ; abréviation de maison de danse ; Dancing de Lyon par exemple

Et j’ajoute puisque nous sommes en train de réviser nos définitions

Danse contemporaine ;  fin du XX sciècle.

Depuis les années 70 et j’imagine sans doute avant, la danse s’est largement émancipée de la musique :::et du dictionnaire.

5/LE PUBLIC

Aller choisir dans la salle quelqu’un

-aider à comprendre ce qui se passe,

-faciliter l’accès,

-aider à la lecture,

Il n’est pas sur qu’il faille répondre à ces questions, pas sur que ce soient les bonnes.

Et oui, ceux qui se sentent abandonnés, ignorés, éloignés, confus, distants, débordés, perdus, sans repères, laissés pour compte  de la route culturelle, cherchant des réponses devant un objet chorégraphique non identifié. Un sentiment de ne pas appartenir, de ne pas en faire partie, de se sentir en-dehors, expulsé de la chose, en exil de compréhension chorégraphique. Sans cordon ombilical, sans attache familiale au frisson des planches dansantes. Bref, souvent, même en les baratinant avec la panoplie du magicien moderne, rien ne marche. 6% de la population trouve que la culture est importante. Beaucoup pensent que nous vivons dans notre bulle et que nous ne prenons pas la mesure de la réalité. Beaucoup viennent aux spectacles pour se détendre et non pour voir des spectacles « anxiogiènes »

Nous avons pris l’habitude si grande d’être convoqué par l’industrie de la consommation.

Le public, sait aussi être, partant, patient, enthousiaste, joyeux, gourmand désirant, accompagnant, encourageant, et suive, fidèles, prêt-à-tout, la production chorégraphique française et internationale.

« Daniel, on ne dit pas la production française et internationale, cela induit des pensées particulières réductrices et préconçues de ta part, qui laisse à penser des choses…, Sur ce que les gens voient. On n’imagine pas des espaces dans les musées pour la production française et internationale. On dit, des spectacles, point. Tu parles d’une vision !!!.Stéphanie te l’a dit et d’autres aussi, on ne peut réduire un art à une géographie, un territoire. Une vraie vision est un passage entre deux portes. »

La bonne volonté peut se sentir gênée à la sortie des spectacles, et qui ne sait pas trop quoi formuler, elle qui désire garder de la contenance, et a mi-voix déclarer discrètement à  la sortie

-Moi j’ai rien compris.

Alors, existe-t- il un mode d’emploi comme pour un appareil électroménager ou un meuble en kit à monter soit même. Existe-t-il un comportement, une manière d’avoir de bonnes manières en matière de culture chorégraphique ?.

Une règle de tenue ?

A quelle distance se situe une oeuvre de vous ?

Curieuse idée tout de même que l’œuvre née si soit éloignée du public, qu’elle demande des explications, qu’elle soit source de malentendus, de divergences, qu’elle soit en quête de filiation, d’appartenance, de reconnaissance, liée au plaisir du public, ça passe ou ça casse,vous distraire, vous séduire, vous divertir, vous émouvoir, vous troubler, vous charmer, vous surprendre, plaire ou ne pas plaire, plaire là, est la question.

6/ La danse pose la question de la relation entre la société et le corps.

Souvent prise pour une sortie de son propre corps, regarder la danse renvoie au poids de sa propre chair, de ses  souffrances, de l’intime, de sa part obscure et que l’on aime oublier. Il nous faut dépasser le désir de voir sur scène ce que l’on souhaite, en mirroir de ce que nous repoussons.

Et si la peinture s’est  débarrassée depuis longtemps de l’idée de la représentation directe du monde, l’idée que l’on se fait de la danse engage encore les symboles de perfection, de vélocité, d’incomparable, de singulier, de jeunesse, d’une certaine idée de la beauté…

Faire taire en soi toutes idées préconçues, faire de la place pour du nouveau, de l’inconnu de l’avenir. Pas de silence compressé et violent, non, dans l’accueil de ce qui arrive, dans notre faculté de découvrir un paysage inconnu, de le voir, de le peser, de l’éprouver, de le faire sien pour un moment d’en faire l’expérience. C’est en soi que s’opère cette disposition. Chercher des clés c’est aussi trouver la bonne serrure, si je peux me permettre l’image.

7 / Abordons  à présent  l’activité du spectateur.

Vous êtes arrivé en retard, en avance

Vous venez :

Par plaisir, pour faire plaisir à celle ou celui qui vous invite,

Avez-vous payé votre place ?

Vous avez pris le programme à l’entrée

Pour comprendre le titre, pour lire un texte de présentation écrit par quelqu’un qui doit savoir mieux que vous.

l’auteur, le critique, le poète

vous avez passé votre portable sur mode vibreur et vous pensez que personne n’entendra.

Vous faites partie de ceux qui lisent après la bataille,

Vous préférez vous faire votre propre opinion,

Vous êtes prêt à ce que le spectacle commence,

a/ Un peu comme le voyage des dernières vacances.

Reste à savoir si le dépliant remplit ses promesses, c’est-à-dire si ce que vous allez voir correspond à ce que vous vous attendiez de voir.

Plusieurs choix à présent s’offrent à vous,

1/ C’est mieux que ce que vous imaginiez et vous passez une bonne soirée.

2/ C’est pareil que ce que vous imaginiez, et vous allez passer l’heure à vous demander si oui ou non, ballotter entre « c’est chouette », à moyen terme un ennui mou vous gagne.

Un passage de train quotidien pour la vache, çà rumine ».

3/ C’est pire que ce que vous imaginiez et je ne peux plus rien pour vous, la colère ne vous quitte pas. Vous n’en retirez aucune gloire, ni plaisir, moi non plus, l’enfer culturel vous tombe sur le carafon, pourvu que le spectacle ne soit pas trop long.

Un instant d’obscurité qui chasse le présent, le « où nous sommes », pour nous mettre dans un état particulier, un rituel, proche de ce que l’on traverse dans le sommeil et qui va nous permettre un nouvel état de conscience. Enfin vous quittez le réel du jour, vous allez être pris en charge, votre corps est lourd, vous vous sentez prêt à passer dans une zone neutre. Plus qu’une chose à voir, on commence par quelque chose que l’on ne voit pas, un retrait, une astuce reposante, le noir salle. Alors doucement ou rapidement cette bascule vous permet de ressentir, d’avoir un accès à vos mondes intérieurs, de toucher un peu à l’obscurité tant redoutée qui nous habite.

Et oui c’est ça le spectacle, passer d’un univers à l’autre, du vôtre aux nôtres et du nôtre au vôtre, de permettre le passage entre les êtres, un passage de l’individuel dans le collectif. Une activité d’éveil permanent d’ouverture des sens.

Le rideau s’ouvre, une lumière monte lentement, un rayonnement bleuté lunaire et nocturne laisse apparaître une jeune fille allongée sur scène,

Elle s’éveille au monde sur le rythme de la musique,

Qui est elle ?

Que veut-elle ?

Est elle en vie, la même vie que nous, mortelle, ou dans un autre monde fictionnel, démesuré ?

Est elle encore intermittente ?

Comment fait-t-elle faire pour payer son loyer ?

Elle regarde à droite et à gauche comme prise par un récent torticolis électoral.

Elle ne voit pas entrer par l’arrière de la scène le danseur.

Il laisse tomber

sa cape noire, forcément noire, forcément synthétique, mais obligatoirement non-feux.

Il porte un collant un peu brillant,

un collant pas suffisamment transparent pour voir au travers,

mais suffisamment moulant pour devinez la forme de son appareil

et lui faire de jolies fesses.

Et là,

Maintenant

tout le monde comprend de quoi je parle, voit ce que je veux dire

tout le monde suit l’histoire,

tout le monde connaît,

tout le monde a déjà vu un couple se mélanger sur une scène à grand renfort d’écartements en tout genre et qui  en rythme refait le monde, s’ébroue, se console, vibre, témoigne de notre misérable pesanteur et exécute prouesses diverses, contorsions incroyables,  passages « kamassoutresques », et finiront souriant et frontal sur la fin pile des derniers accords de musique appelant nos applaudissements nourris? Et oui, nous sommes content. Nous  constituons un public heureux de son existence. Quelque chose s’est passé devant nous que nous connaissions déjà, un paysage en forme de pelouse pré- fleurie sans surprises tellement légère et digeste, c’est une bonne soirée.

C’est un peu comme le patinage sur glace de Katharina Witt. Comme des vacances innocentes. Comme le mariage sans ses contraintes. Le bateau sans mal au cœur, un dîner sans vaisselle, les enfants sans les cris. Ce sera toujours une danse qui n’appelle aucune question, un spectacle ou votre large sourire remplit d’admiration vous empêchera toutes paroles distancées. On connaît, on re-connait donc, c’est bien. On connaît, on re-connaît donc, c’est bien.

On connaît,on re-connaît donc, c’est très  bien.

Nous restons dans le pré du connu.

A présent, nous allons renoncer aux flux continus d’idées toutes prévisibles, toute prête comme la salade sous plastique du savoir-vivre facile, de notre organisation sans perte de temps pour la consommation expresse de notre fameux temps libre. Il ne faut pas le perdre, pas perdre d’espace, pas perdre le fil, ne rien perdre et s’assurer de rester en vie bien attaché à nos convictions, ne pas souffrir, jouir vite et bien et surtout en avoir pour son argent.

Nous voilà reparti voguant sur des métaphores végétales, en reconnaissances chorégraphiques parmi les encore nombreuses familles, des espèces dans l’art de la danse, les feuillus, les arbustes, les arbres, les fleurs, les fruits, les graines. Les espèces qui poussent en France ou ailleurs, les boutures, les drageons, les semis, les ramifications. Les feux de pailles, les moissons plus ou moins dangereuses, les produits de la ferme, les bio, j’oubliais les pépinières de jeunes talents. Un très bel écosystème foisonnant.

Il vaut mieux reconnaître les orties pour éviter de s’asseoir dessus.  Je vous vois arriver à me demander qui sont les orties dans l’art chorégraphique).

8/  LA PRODUCTION chorégraphique,

Résidence, accueil studio, implantation, coproduction, autant de systèmes, d’échanges financiers et de services de contrat qui nous permettent de fabriquer des spectacles. Si l’on vous épargne les moyens réels dont nous disposons, la production elle, est détaillée dans le programme, sorte d’étiquette de code barre qui vous indique le statut, la place sociale et le label de la compagnie.

Et oui, rappelons une base essentielle de notre travail :

L’argent.

N’allez pas croire que, comme çà, les artistes sont accueillis, dans les théâtres, pour leur talent d’auteur, les chemins de la production passent par les terrains de la pédagogie, et de la formation des publics. De l’école à l’université, ils éprouvent leurs pratiques, ils fréquentent école, collège et lycées primaires techniques et secondaires, traversent les âges de la vie, un vrai travail d’irrigation chorégraphique.

Il est culturellement correct d’aller au musée, au cinéma, au théâtre. On dispose, d’un mois pour voir une exposition, une semaine au moins pour voir du cinéma, une semaine pour le théâtre, souvent des périodes longues de représentations.

La programmation danse passe très vite. Alors, comment établir le reflex chorégraphique ?

De quel espace, la danse dispose t elle pour que le travail soit vu ? Même l’écho ne me répond pas.
De quels outils dispose la danse pour établir une relation avec le public, tant réclamée par les institutions.

Panorama rapide des principaux outils de production et de diffusion de la danse en France.

-Le réseau des centres chorégraphiques nationaux, le réseau des centres de développement chorégraphique, le tissage de scènes nationales ou municipales, le centre national de la danse à Pantin, des festivals, les rencontres chorégraphiques de Seine St Denis, Montpellier, Usez, Marseille…

-d’autres lieux importants, le théâtre de la Bastille, le théâtre de la cité internationale, des lieux de recherches comme la Ménagerie de verre, le laboratoire d’Aubervilliers. La maison de la danse de Lyon et sa célèbre biennale, le théâtre de la ville à Paris…

-Deux cas singuliers  le théâtre national Chaillot avec la nomination récente des chorégraphes Montalvo-Hervieux,

« Le manège » de Reims dirigée par la délicieuse et résistante chorégraphe Stéphanie Aubin.

501 Compagnies en France en 2007, plus ou moins,

J’entends de là, la voix institutionnelle me rappeler à l’ordre, l’opéra, Daniel n’oublie pas l’opéra et les ballets nationaux, bon les opéras, les ballets, mais ça vous connaissez déjà. Le corps de ballet. étoiles, firmament, divinités…

Mais, comment faire pour que ceux qui dirigent les théâtres, ceux qui ont les pépettes, le chéquier, l’oseille, la tune, le blé… trouve tout naturel de programmer de la danse, et là, c’est pas toujours gagné.

Il s’agit d’admettre que les outils du pouvoir de l’art vivant sont du côté du théâtre,  il est acquis que la direction des lieux de diffusion est souvent assuré par des personnes n’ayant pas de formation à la danse. Cette formation n’existe pas et se construit dans la fréquentation de cet art.

Pour avoir vu beaucoup de production théâtrale, je constate que nombreux sont les metteurs en scène qui proposent une vision du corps au travail. Une présence qui passe par une corporéité singulière et c’est tant mieux. Les arts de la représentation, les arts de la rue, du cirque, de la musique, du lyrique s’emploient de plus en plus a proposer des productions ou la danse apparaît.

Enfin tout le spectacle vivant danse, mais la danse, elle, n’en vit pas.

-Produire bien et diffuser la danse est une activité culturelle normale.

-La danse a des demandes légitimes.

-Il faut laisser du temps aux équipes de créations

-Il est bon de programmer de plus en plus de représentations de danses.

Oh père Noël, quand serons-nous couché sur l’herbe du budget. » Mais le père Noël n’est pas directeur de théâtre. Et la danse n’est plus une petite fille innocente au pied du sapin culturel attendant avec une fausse attitude, une surprise, elle sait que les temps sont difficiles et doivent entraîner de nouveaux positionnements. Au feu, l’illusion du cadeau une fois par an. Nous ne demandons pas de preuves d’amours mais simplement des moyens de travailler.
-C’est légitime, c’est légitime, c’est légitime.

Cette petites prières ne s’adressent plus l’état qui a bien replié son matériel météo chorégraphique, et tente un relais par les régions et les villes et les partenaires locaux, nous entrons dans une période de remembrement. L’écosystème culturel en pleine mutation? Le ciel se couvre, les températures baisses.

9/ Le parcours de la diffusion…

Les programmateurs ne sont pas obligés d’obéir aux effets de mode.

Et oui le directeur de théâtre est un homme ou une femme, sensible dont la mission quasi impossible est de tout connaître du théâtre, de la musique des arts du cirque, des arts de la marionnette, du cinéma aussi quelques fois de la danse. Et devant cette puissance culturelle quasi divine, le chorégraphe s’interroge ;

« Va t il me programmer?»

Dès qu’il s’agit de demander à un directeur de théâtre, des moyens financiers, un sens aigu de l’observation permettra aux chorégraphes que vous êtes de remarquer chez votre interlocuteur un temps d’apnée, plus ou moins prolongé, puis d’entendre une réponse négative tout en vous remerciant de vos  grandes qualités d’intervenant pédagogique. Vous venez de dépasser votre zone d’intervention. Vous vous retrouvez quelques instants plus tard sur le trottoir ne comprenant pas comment vous avez encore laisser passer l’occasion de dire de que vous aviez sur le coeur.

Et la mystérieuse disparition des dossiers, magie administrative.

Le syndrome d’amnésie des appels téléphoniques et des mails perdus.

À ce moment précis, vous savez que vous avez choisi un métier qui n’est pas simple, mais que le monde qui vous entoure ne le simplifie pas.

10/ La foire aux questions. 3 minutes.

A présent, je vais tirer aux sorts des questions faites à un chorégraphe de manière anonyme…

J’ouvre des vraies enveloppes.

Enfin moi qui rêve tous les jours de voir de la belle danse académique, comment dire à mes amis que j’ai pris secrètement, un abonnement à l’opéra de Paris, alors que tout le monde souhaite m’entraîner dans les salles obscures et inconfortables de l’art contemporain.  Dans ces salles fameuses dans la quasi-impossibilité d’y échapper, je basculerai dans un état de semi hypnose, je fixerai sur la mobilité d’un bassin mou ou regardai discrètement un point vide dans l’espace où il ne se passe rien. Fermer les yeux dans un moment opportun en espérant que si le sommeil me surprend, j’éviterai d’être pris dans d’un ronflement que l’on ne concède qu’aux politiques lorsqu’ils viennent au spectacle.

Il n’y a pas si longtemps pour un spectacle d’un chorégraphe des années 80, qui se passe dans une piscine, l’attachée culturelle d’une ville, ne cessait de balancer des textos sur son portable sous son manteau, pensant sans doute qu’elle assistait à une nouvelle épreuve sportive. Quel dommage qu’elle fut obligée d’assister à la représentation.

Alors, amis des politiques dites leurs de ma part, je vous en prie ;

Mieux vaut rester au bar de la piscine, on ne vous en voudra pas,

On comprendra. Nous aussi nous avons nos obligations, nos devoirs.

On comprend que la culture ne vous intéresse pas, que vous êtes là parce que vous n’avez rien trouvé d’autres, que les autres postes ; l’économie, le social, la voirie, les espaces verts étaient tous pris.

« J’en dis trop, ok je ne balance pas, je comprend que ca ne t’arrange pas ce que je dis, ok, non je n’ai pas dit la ville, ni le lieu, non je t’assure. D’accord on se parle tout à l’heure » oui je n’ai pas fini raccroche, oui a plus tard, oui bises, oui ok

« On commençait à comprendre et voilà que tu mélanges tout, l’histoire du début avec les collants la cape . Tu fais du strabisme culturel convergent. Calme toi, redéfini un truc simple ; c’est quoi la danse contemporaine, tu vois, simple. Le tutu tu l’as déjà dit, c’est facile, c’est connu. Mais là, les trucs que vous faites, les trucs bizarres, qu’on comprend pas. Pas de prise de tête, des d’explications pour que les gens qui sortent d’ici ai compris un peu. Tu devrais raconter des histoires

Un metteur en scène Géorgien Rezo Gabriadze, un jour m’a raconté que depuis la fenêtre de sa maison, il a vu  un sac en plastique voler au vent, s’immobiliser dans l’espace du ciel puis reprendre son trajet mystérieux. A partir de ce moment là il a décidé de ne plus aller voir le ballet classique, quelque chose en lui s’était produit.

11/Le temps, l’espace, le flux, la forme, le mystère

Non, ce n’est pas le thème d’une future télé Novelas sur TF1,ni le titre de ma prochaine production. « le prochaine s ‘appelle « HOLD ON »

Il s’agit d’une manière de lire et de composer la danse depuis la fin du XX siècle, j’emprunte ici la grille d’analyse du mouvement d’Alvin Nikolaïs. C’est avec cette matière que j’ai traversé lorsque j’étais jeune danseur, et qui m’a rendu curieux, à aimer voir.

Assister à un spectacle de danse,

c’est regarder  pour moi;

-une forme, une architecture générale, un rythme

-une écriture, la syntaxe du mouvement

-Une proposition scénique, des éléments de costumes de lumières

Pour les oreilles

C’est écouter

-Un son, un texte, une musique, réels ou enregistrés

C’est percevoir, un «  ici et maintenant » un espace temps.

-C’est ressentir, un mystère, une ambiance, que je tente de déchiffrer, une intuition au futur proche, je dirais un rythme général auquel plus ou moins, j’adhère.

-c’est imaginer

-c’est activer en soit une mémoire, une ampathie.

Le solo de la fille en rouge, le garçon qui porte un pull à rayure, le duo qui se passe dans un carré de lumière, le trio sur la musique de Bach. Ainsi c’est ma faculté à transmettre des images du spectacle, qui va alimenter l’avis que je donne à la sortie, une sorte de « c’était  bien » car je peux en parler.

Revenons sur la qualité de la matière même de l’écriture du mouvement, son phrasé, son système mélodique.

-Le mouvement à une durée, une prise d’espace, une occupation du plateau, une amplitude, une direction, un plan, une forme. On ne peut seulement le décrire, un caractère indicible, unique, étrange, occupe une part  importante  dans la perception sensible  du public.

-La composition chorégraphique est  comparable à la partition musicale, elle déploie les systèmes d’écriture, canon, fugue, modulaire, répétitif.

On adresse, sa relation,

-Son système mélodique, expressif, théâtral, minimal,abstrait, donnant du sens, établissant un rapport avec le spectateur, regard au public, frontalité, ou son contraire, dégager une relation avec la salle, une adresse, un lien établit.

Ce n’est parfois ni le mouvement, ni l’œil du spectateur qui est convoqué, mais le contact entre les deux. Ainsi l’écriture est passée du plateau à la relation avec le public.

Notre regard circule de la chorégraphie à une corpo-graphie, du mouvement dansant à une écriture de la relation entre les corps, entre celui  du public et le corps du plateau.

Notre éducation du regard se fonde sur les pratiques culturelles, issues des codes de la peinture, des beaux-arts, pour le mouvement, les caractéristiques les plus marquantes sont la fluidité, le naturel.

Toute chorégraphie est sous tendue par une organisation, un modèle de construction, un rapport entre les êtres, une relation avec les autres arts.

La danse ne semble pas poser de problème de perception, quand elle est construite , en relation avec la musique. Globalement le spectacle qui se constitue autour d’un axe musical propose le modèle donné par le dictionnaire. On n’aime ou pas, mais on reconnaît le travail.

Il y a des spectacles chorégraphique qui racontent des histoires, d’autres pas, qui se nourrissent des champs littéraire et poétique, de la musique, du cinéma, de l’art contemporain, de l’image, de la posture, du concept…etc. Je parle de la narration dans son sens large et poétique.

L’auteur donnant ses intentions dans le programme nous livre une grille de lecture qui va se croiser avec l’expérience de ce que spectateur traverse.

Si le théâtre, utilise le corps de l’acteur, il ne montre pas la danse. Il peut montrer la posture, l’arrêt, l’ancrage, la mobilité, le langage, la présence, et tout ce qui tend par le corps à une révélation au service d’un texte, d’un rôle. Lorsque la danse cherche par la narration à donner du sens, à produire une histoire ce n’est pas du théâtre, mais une manière singulière d’engager les ressorts de la dramaturgie. Elle se manifeste dans un espace non-verbal, où l’usage du verbe se retire pour une nouvelle écriture.

Corps de la danse, corps du théâtre, corps du langage plastique,

Les beaux-arts, les arts plastiques et la performance ont donné à l’acceuillant champ chorégraphique d’autres directions, plus désarmantes pour le public. Car au lieu de poursuivre une démonstration d’un corps dansant, les artistes se sont orientées vers un langage du corps. Le corps devient la matière même de l’expérience et ne se réduit plus à l’injonction de la réussite de la prouesse, d’une dynamique du mouvement. Corps code, corps symbole, corps signe,.

La danse flotte dans des expériences qui ne se résolvent pas mais offre aux spectateurs une saillance de ce qui est important pour nous,  de ce qui nous touche.

Il s’agira pour revenir à notre trousseau de clé de ne pas se tromper de salle, aller à la cuisine alors que l’on veut se coucher, ou de se mettre au placard alors que l’on souhaite en sortir.

Tout se joue dans la perception de ce que l’on voit, ressent, éprouve. Notre oeil opère  un dosage entre ce que l’on accepte et ce qui nous rebute. Nous flottons sans cesse, dans la gène, la joie le confort, la douleur, les flux, et bon nombre de sensations. En cherchant à savoir trop hâtivement ce que l’on voit, on rate la découverte d’un paysage nouveau. Il s’agit d’accepter les conditions d’une expérience, d’aimer le provisoire, de revenir sur ce que l’on croyait avoir perçu. L’apprentissage du regard passe par le singulier, le particulier, le personnel, l’émotion. Cet apprentissage ne peut se justifier, il s’agit de se mettre au contact, dans notre intelligence de tâtonner, de se désaisir de la chose vue, de la faire advenir.

Si jusque là, la chorégraphie proposait une relation du spectateur à l’action du plateau, l’enjeu désormais se situe dans le lien qui relie le spectateur à l’action. Les frontières de la scène sont poreuses et s’ouvre sur une place plus grande à une action qui passe par le mouvement, le texte, une bascule ; interprètes dans la salle, participation même  des spectateurs à l’élaboration de l’œuvre…
Ce changement décloisonne le champ de l’art en général explore et chatouille les voix de la provocation, du choc détermine de formes d’écritures nouvelles.

Ainsi si le corps porte son expression propre, la danse reste écriture, distinguons ; Suis-je en train de voir du mouvement ou des personnes faire une action. La perception du corps change de nature, selon que l’on voit un geste théâtral, plastique, ou chorégraphique. Les récents travaux de jeunes auteurs nous permettent d’indéfinir les codes de la représentation.

Dans les spectacles de Pina Bausch, j’observe une suite d’action en solo qui deviennent souvent source d’un développement chorégraphique. J’aime le travail qui est débarrassé d’une structure narrative uniforme. Porté par la présence particulière des interprètes, je plonge dans de micro expériences, cruelles et poétiques de rapports humains.

William Forsythe convoque le vertige, technique de la danse pure et mise en architecture du mouvement, perte des repères spatio-temporels. Le son, la musique, la lumière, impacte et transforme le présent. Et quand chez Forsythe la captation directe du son produit par les danseurs, renverse l’autorité de la musique sur la danse, on assiste à un véritable bouleversement.

(Ouverture des mondes, lumières sur un art.)

Pour  ne pas conclure,

il faut en revenir au début, Après avoir tenté de définir imparfaitement la danse, la production chorégraphique, sortons des tribulations de l’auteur face à la construction et la vente d’un spectacle qui demande eux seuls de connaître les aventures complètes de Louis de Funès au cinéma pour ne pas mourir d’épuisement a force d’usures. Mais le public s’en fou et il a raison. C’est la cuisine interne.

Mais vous devant de moi, quoi il advienne derrière le rideau de la production, vous êtes présent pour pouvoir touché un peu de votre appartenance au monde des vivants. Pour éprouver quelque chose qui n’est pas dans notre quotidien immédiat, quelques choses qui tient du mystère du geste artistique et auquel nous n’avons ni contours ni définition finie. Il s’agit de toucher un peu de notre être en chair, avec nos désirs d’aimer et d’être aimé d’être a la marge de nos habitudes, d’en rire, de s’en moquer, de s’en saisir aussi, d’éprouver, de faire l’expérience de la collectivité.

Chaque danse nous renvoie à ce que nous sommes, notre incomplétude et nos besoins, dans l’épreuve de l’espace-temps, à travers nos luttes et nos efforts, notre besoin de légéreté et de profondeur, de doute et la révélation de la vie. Aimer voir de la danse tient de ce désir, d’être émus, d’être déplacé, de vibrer.

La porte s’ouvre par le seul sésame du désir et de la curiosité, le désir d’un trésor à prendre et à découvrir, celui d’un langage du et des corps qui dirait sans le mot que l’acte dansé est là, ici, dans l’espace de cet instant même, à s’offrir dans une respiration profonde, inspiration expiration, acte de présence, tout simplement une invitation au partage.

Le porteur de clés que je suis, ne fera ici aucune promesse de bonheur. Une invitation à la curiosité, une perte de repères, du connu pour se laisser découvrir

Aucune parole ne dira complètement ce qu’un geste occupe, ce que le corps d’un danseur donne au corps du spectateur. Bien qu’imparfaitement le sens des mots tourne autour de la révélation du geste, une danse est un acte saisissant dans la transmission non verbale, reposante pour les mots aux mêmes. L’épaisseur du SILENCE

-102 ans, cette conférence est dédiée à Madeleine Jouve artiste tardive chorégraphique qui a 96 ans grimpe sur une scène pour la première fois et tourne avec sa petite fille, chorégraphe, et qui explique a qui veut bien entendre que la danse est une discipline, un art, une manière, une sorte de gymnastique qui n’en est pas une.  Cette rencontre a été la plus poétique, la plus surprenante de ces quelques 25 ans de travai